Criar uma Loja Virtual Grtis
Sourires d'une nuit d'été voir ce film avec sous-titres 1280

    • Sourires d’une nuit d’été
    • (Sommarnattens Leende)
    • Suède
    • -
    • 1955
  • Réalisation. Ingmar Bergman
  • Scénario. Ingmar Bergman
  • Image. Gunnar Fischer
  • Montage. Oscar Rosander
  • Musique. Erik Nordgren
  • Producteur(s). Allan Ekelund
  • Interprétation. Ulla Jacobsson (Anne Egerman), Eva Dahlbeck (Desiree Armfeldt), Harriet Andersson (Petra), Margit Carlqvist (comtesse Charlotte Malcolm), Gunnar Björnstrand (Fredrik Egerman), Jarl Kulle (comte Carl Magnus Malcolm), Åke Fridell (Frid).
  • Durée. 1h45

Le libertinage et le drame, par Arnaud Hallet

Sourires d’une nuit d’été

Sommarnattens Leende

La sortie DVD de Sourires d’une nuit d’été est la prise de pouvoir du désir charnel chez Ingmar Bergman. Plus de quarante années après son «prix de l’humour poétique» au festival de Cannes, retour sur un film étonnant dans la filmographie du cinéaste suédois.

Sourires d’une nuit d’été est peut-être la seule véritable comédie d’Ingmar Bergman. Le cinéaste connaissait à l’époque une grave dépression et songeait au suicide. Il a déclaré qu’il hésitait entre mettre fin à ses jours ou réaliser une comédie. Sourires d’une nuit d’été prend donc racine dans les tortures psychiques du cinéaste. Il naît finalement une œuvre comique sous laquelle se dessine un grand drame. un drame hypothétique dans chaque plan, chaque regard, chaque sourire. Toutefois la grande euphorie qui parcourt le film est une invitation permanente aux jeux de l’amour où se délient et se relient les couples – Shakespeare n’est pas loin, forcément avec ses Songes d’une nuit d’été. Le film a obtenu l’un des prix les plus sibyllins du festival de Cannes. le «prix de l’humour poétique». Que signifie cet intitulé. Quoi qu’il en soit, le succès de ce film permet au cinéaste suédois d’acquérir une véritable reconnaissance internationale. Il est surprenant d’entendre vanter ici ou là son exquise légèreté, prêtant à Bergman une passade inoffensive et seulement attrayante. Derrière le marivaudage, Sourires d’une nuit d’été cache ses angoisses et ses torpeurs.

Sourires d’une nuit d’été met en scène plusieurs couples bourgeois. Une ancienne maîtresse ressurgit et va bouleverser tout l’ordre établi – peut-être pour mieux le rétablir, car le film se termine sur une véritable mise à niveau des âges et des classes sociales. Brisseau explique dans les bonus DVD que Sourires d’une nuit d’été est aussi le portrait d’un homme souffrant. Bergman lui-même. La scène de la roulette russe est une acceptation du suicide qui résonne immédiatement avec la vie du cinéaste. Il est ainsi difficile de ne pas voir dans le visage grave de ce Don Juan quadragénaire, une certaine amertume propre au cinéaste suédois. L’incompréhension entre les hommes et les femmes parcourt le film du premier au dernier plan. Et c’est cet espèce de Don Juan de seconde zone qui porte lourdement l’incompréhension. Son humiliation permanente (voir le bonnet de nuit, le visage enfumé, la chute dans l’eau…) n’est que le reflet de la propre souffrance intérieure du personnage, sa guerre intérieure. Souffrance qui est acceptée par ce personnage. il reste inexpressif ; c’est-à-dire que son credo serait. je souffre mais j’ai tort, donc je souffre mais… La lutte intérieure du personnage, voire mélancolique, est une formidable matière pour Bergman, lui permettant ainsi de développer toute une dramaturgie, baignant dans une ambiance champêtre et bienheureuse. Brisseau note que les auteurs qui tiennent sont ceux qui savent exposer leur vie à cœur ouvert et mettre dans leur art leur propre expérience de la souffrance. La musique accentue les dialogues. elle appuie le propos, mais toujours de manière classique, unilatérale. Elle dévoile moins qu’elle ne souligne. Au niveau de la mise en scène, il n’y a aucune fioriture, aucune exubérance. On trouve des cadrages classiques, des mouvements de caméra qui frôlent toujours la transparence. On pourrait davantage rapprocher l’esthétique de Sourires d’une nuit d’été de Scènes de la vie conjugale . où la technique s’efface tendrement pour dessiner les personnages par leurs mots contrairement à L’Heure du loup où le cinématographe reprend ses droits et radicalise son expression – pour néanmoins dépeindre les mêmes thèmes, comme l’obsession de la mort et l’isolement.

Il y a dans Sourires d’une nuit d’été un érotisme prononcé pour l’époque. Ainsi on aperçoit à deux reprises de façon quasiment subliminale le bout d’un téton de femme, ce qui remua assurément les salles naguère. Le saphisme n’est pas loin non plus lorsque la maîtresse de maison et sa servante commencent à chahuter sur le lit. le baiser furtif près de la bouche est une première invitation au désir. Jean-Claude Brisseau n’oublie pas de rappeler la rapide évolution des mœurs, et donc de mesurer la portée érotique de l’œuvre pour l’époque – il était très délicat de se procurer un livre de Sade dans la jeunesse du cinéaste tandis que l’œuvre du Marquis est aujourd’hui éditée dans la Pléiade. Il explique comment s’organise socialement la sexualité à travers le film. chaque homme possède une femme légitime et une amante. Un d’eux clamera qu’on peut toucher à sa femme mais certainement pas à sa maîtresse pour déclarer l’inverse quelques scènes plus loin. Forcément, c’est vieux comme le monde. la situation de la femme et de la putain s’inversent toujours à un moment donné – jusqu’à leur confusion. Sourires d’une nuit d’été reste pour Bergman l’occasion de réaliser une comédie et de jouer avec les codes du genre, en déclinant les combinaisons de couples dans un cercle appartenant pleinement au marivaudage, tout en insérant ses angoisses et ses démons – avec comme grand et hideux démon surplombant les autres, cette peur impossible à contrôler le fossé qui sépare les hommes des femmes.

Envoyer cet article par e-mail